Si l’on en croit la plupart des ouvrages, des conférences et des articles sur le sujet, être haut potentiel est une malédiction, pendant l’enfance comme à l’âge adulte, et les dix plaies d’Egypte furent une partie de plaisir à côté du chemin de croix de ces écorchés vifs.

J’exagère peut-être un (tout) petit peu, mais la tonalité globale de ces publication est résolument victimiste. D’ailleurs, je crois qu’il est question d’intégrer des dispositions d’accompagnement scolaire des enfants à haut potentiel dans une loi « handicap »… Je ne sais pas vous, mais moi ça me révolte

Chaque semaine, chaque jour presque, je rencontre des parents de HP qui sont dans cette posture de victime, et qui la transmettent à leurs enfants ; des parents qui, dès les 18 mois de leur piou-piou, se préparent à se battre contre le monde entier pour faire reconnaître les difficultés que leur enfant pourrait rencontrer dans le futur ; des adultes HP qui ne voient dans leur singularité que les aspects négatifs, et pas les opportunités qu’elle leur offre. Or on ne peut pas aller bien en se disant : « J’ai pas de chance, je suis HP » !

Bien sûr, en bonne HP, mariée à un HP, maman de deux HP et coachs de zèbres des tous âges, je connais par cœur les difficultés liées à cette particularité : hypersensibilité, ennui fréquent à l’école ou au travail, isolement social, etc. J’ai d’ailleurs été, à force de lire des écrits négatifs, de ces mamans qui s’inquiètent du devenir de leurs enfants. Mais aujourd’hui, je l’affirme avec le zèle propre aux nouveaux convertis :

Être HP n’est pas une malédiction, ni une bénédiction.
C’est juste une réalité avec laquelle il faut apprendre à composer.

Je me rends bien compte que cette affirmation n’est pas bien sexy, qu’elle est un peu trop tiède pour enflammer les foules. Et pourtant, elle est, à mon sens, porteuse d’espoir pour les HP.

Je crois que chaque humain est singulier, et que chaque situation est porteuse d’avantages et d’inconvénients. Si on y regarde bien, la situation des non-HP est-elle vraiment enviable ? Bien sûr, beaucoup de HP s’ennuient à l’école, mais les autres enfants s’y amusent-ils ? Bien sûr, l’adolescence d’un HP peut-être difficile, mais n’est-ce pas le propre de l’adolescence, pour TOUS les enfants ? Pour en avoir discuté récemment avec mes copines de collège et de lycée, je me souviens que, dans ma classe, j’étais loin d’être la plus mal dans ma peau – et pourtant, je vous assure que j’y étais mal !

Je crois que que les difficultés rencontrées par les HP, petits et grands, sont des opportunités d’apprentissage comme elles le sont pour tous les êtres humains.

Je crois que ces apprentissages sont nécessaires pour s’épanouir. Par exemple, si je rêve d’une école passionnante et nourrissante pour tous, je sais que chaque adulte sera confronté à des moments d’ennui, à des réunions qui n’en finissent pas, et qu’apprendre à gérer ces moments d’ennui est utile à tout âge.

Je crois que ces apprentissages sont possibles pour tous, que le cerveau humain est suffisamment souple pour s’adapter à de très nombreuses situations.

Je crois que pour apprendre à gérer une difficulté, il faut s’en croire capable.

Je crois que les parents doivent y croire pour que leurs enfants aient confiance en eux.

Je crois que les HP peuvent utiliser leur potentiel pour trouver des stratégies d’adaptation ; pas par la sur-adaptation passive, mais par l’enrichissement des situations d’ennui, par la multiplication active des stratégies.

Et alors, je crois que ça devient chouette d’être HP 😉